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SUD-KIVU: L’Insuffisance des services de prise en charge psychosociale des survivantes des VSBG freinent la réintégration sociale

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Au Sud-Kivu, on compte des milliers des survivants et survivantes de violences sexuelles et basée sur le genre. Il n’en demeure pas moins que les femmes et les filles sont affectées de manière disproportionnée par la violence qu’exercent des hommes pour les subordonner, les déposséder de leur pouvoir, les punir ou les contrôler. Les organisations des défenses des droits humains, les sociologues, les survivantes ainsi que députés en province dénoncent la quasi-inexistence des structures de prise en charge psycho-sociale des survivants

Le témoignage poignant de cette soixantenaire le confirme. Pendant plus de 40 ans, elle vit sous la domination de son tyran de mari. Fort malheureusement, tout comme des milliers des femmes dans le Sud-kivu, elle n’avait pas connaissance de l’existence des services sociaux : « je suis mariée depuis l’âge de 19ans. Aujourd’hui je suis déjà très âgée comme vous pouvez le voir. Mais mon époux ne m’a jamais considéré. il me battait, m’a interdit de travailler, il porte des propos discourtois sur nos enfants. Même quand c’est lui le fautif, il me fait porter le chapeau. Aujourdhui, mes enfants ont du mal à échanger avec leur père. Nombreux parmi eux n’ont pas finies les études, d’autres ont fait des enfants ici chez moi étant  enfants eux même et je doit m’en occuper.  Et ceux qui sont mares, je ne peux pas dire qu’ils sont des références pour leur entourage. Je tentais de parler de mes problèmes à ma défunte mère, mais elle refusait de m’écouter…., je n’entends pas souvent parler de ces services sociaux, mais comme vous en parler déjà, je pense que ces centres de detraumatisation peuvent sauver des vies, y compris celle de mes enfants, … », dit la soixantenaire avec regret.

En date du 5 janvier  dernier, Charline Safi, journaliste à vision Shala kamituga, alors âgée  de 21 ans a trouvé la mort de suite de coups et blessures lui infligé par son mari. Agnès Sadiki, responsable de l’association TGDP(Tous pour le Genre, la Paix et le Développement) estime que la responsabilité de cette mort est partagée : « Tenez par exemple, nous avons appris que son bourreau de mari la battait, la maltraité régulièrement. Si par exemple, elle n’a pas su se défendre, porter plainte ou parler de ce qui lui est arrivée, c’est peut être parce-que, tout comme un grand nombre des femmes, elles ne sont pas comprises par la société… Et n’ont nul part où se confier .je pense que l’absence des structures adéquates de prise en charge  psychologiques des femmes qui sont victimes des violences conjugales contribuent négativement à ce qui est arrivé à la pauvre Charline et également le silence  coupable et complice de la communauté pour détraumatiser la victimes. Doù la nécessité pour TGDP et autres acteurs de plaider pour la multiplicité des structures adaptées dans les milieux ruraux où sobserve laccroissement des VSBG. Il faut absolument former le personnel soignant et sensibiliser les communautés pour briser le silence ».

En plein centre ville de Bukavu, par manque d’appui et d’informations suffisantes, plusieurs victimes d’abus sexuels recourent aux réseaux sociaux tels que Facebook pour y exposer leur problème. C’est le cas de cette trentenaire, interrogée en date du 20 janvier 2022 et  dont nous taisons le nom. Non seulement, elle subit de violences physiques, économique, mais également des chantages émotionnels: « je vis dans ce foyer pour que mes enfants grandissent avec leur papa. Mais franchement, je suis triste. Nous sommes mariés depuis mes 18 ans, donc je n’ai pas finit mes études. A chaque fois, il me rappelle  qu’il s’est marié par force vu que j’étais tombée enceinte, ce qui avait fait que nos parents précipitent le mariage. Quand il me donne de l’argent, il l’accompagne par des insultes. Il m’a un jour dit qu’il me paie pour l’acte conjugal. Vous vous imaginez? Il a pu obtenir son diplôme, mais moi je ne peux pas car je dois m’occuper des enfants qui sont encore petits « , dit-elle en se retenant de pleurer avant de poursuivre : »nombreuses gens pensent que je suis la méchante et mon époux est parfait ; ainsi sur Facebook que je me vide mon esprit, nous voyons dans des films comment les gens qui sont dans le même cas que nous sont bien  traité par leur Etat, pourquoi on ne fait pas cela ici chez nous ? J’entends parler de psychologue, mais où trouver les moyens de les payer?  » .

Droit à la protection

 « Les répercussions peuvent inclure les personnes qui dévoilent des violences basées sur le genre de la part des auteurs eux-mêmes, d’individus protégeant les auteurs ainsi que des membres de leur propre famille dans les cas où l’honneur familial est invoqué, raison pour laquelle l’autorité doit penser à la prise en charge des survivantes. Ceci les amènerait à reprendre confiance en soi et de se battre» souligne Nina Nsiku sociologue de formation et coordinatrice nationales de l’organisation Pona Basi.

Pour Dévote Chiregano Mulangano, coordonnateur du PNSM(programme national de la santé mentale) au sein de la division provinciale de la santé du Sud kivu

« peu d’actions étaient jusque-là accordé aux aspects psycho social lors de la prise en charge des survivantes de violences sexuelles en RDC ignorant que les problèmes psychiques peuvent précéder, accompagner et rester après l’acte, les troubles physiques ou moraux….on devrait normalement songer à l’installation des structures de renforcement à celles qui existent déjà », martèle-t-il.

Difficultés dintervention

Le groupe de travail protection de lenfance mis sur terrain par lorganisation PONA BASI a documenté dans la province du Sud Kivu entre Janvier et juin 2021 ; 250 cas d’incidents graves de violations de droits des enfants de suite des violences sexuelles et basées sur le genre. Ces statistiques représentent uniquement les données récoltées et documentées par les acteurs dans les sites où ils ont accès

Ce que confirme Jean-Claude Basinyize, superviseur chez SOS SIDA, une organisation qui accompagne les survivants des VSBGs. :

« Lappui psychosocial saccompagne dautres appuis (accès à la justice, réintégration socio-économique, etc) à travers le système de référencement. A partir de la quatrième séance de psychothérapie, le  survivant est éligible à la réintégration socio-économique et scolaire. Laccès à la justice dépend de la volonté du survivant qui est sensibilisé sur le bienfondé de cet aspect tout au long de sa cure psychothérapeutique, mais la distance entre les structures de prise en charge et les survivants ou la quasi absence dune clinique psychologique intégrant la psychiatrie sont également des obstacles importants

Face à cette situation, lautorité semble perdue.

La commissaire provinciale en charge des affaires sociales, genre, famille et enfant dénonce cette insuffisance des structures de prise en charge des survivants des violences sexuelles: «  depuis des années, des organisations féminines et lEtat congolais font de leur mieux pour accompagner les survivantes de violences sexuelles, mais il s’observe que nos efforts ne suffisent pas, mais nous y travaillons ».  A la député provinciale Balandine Kalafula, élue de Mwenga de compléter : 

« ce n’est pas normale que les enfants et les survivant(e)s de violences sexuelles de tout genre puissent manquer d’appuis psychosociaux et pourtant nous savons qu’il y a des textes tant nationaux quinternationaux qui garantissent leur accompagnement, leur protection, ce ne sont pas les moyens qui manquent « .

Droit à la non-discrimination       

Tout le monde a le droit de recevoir la meilleure assistance possible, sans faire lobjet de discrimination fondée sur le sexe, lâge, le handicap, la race, la langue, lappartenance religieuse ou politique, lorientation sexuelle ou la classe sociale. Selon Solange LWASHIGA coordonnatrice du caucus des femmes,

« Dans nos activités de tous les jours, nous sommes face aux femmes, filles et enfants qui sont victimes des violences. Elles vivent avec ce stress, ce traumatisme au quotidien et cela les  affecte sur tous les plans. Social, économique, politique, sanitaire et autres. Les enfants qui sont aujourd’hui dans la rue, d’autres devenu orphelins de suite de ces violences, on en compte presque tous les jours », s’indigne cette activiste des droits de la femme. En se basant sur les textes légaux, elle martèle : »les auteurs méritent condamnation suivant les articles 44, 45, 46 et 48 du code pénale congolais qui répriment les infractions des meurtres ainsi que les coups et blessures et réparer préjudices commis aux victimes survivant conformément à larticle 258 du code civile, livre trois. Mais aussi, plusieurs articles de la résolution 1325 dont la RDC est signataire garantissent la protection et promotion de la femme survivante des violences sexuelles. »

Notons que fin janvier 2022, lors d’une marche organisée par AFEM, dans le cadre d’un plaidoyer pour réparation des dommages et justice pour les survivantes des violences sexuelles dans la ville de Bukavu,  les parties prenantes à cette  marche avaient fait mention d’une proposition des lois portant essentiellement sur la protection des victimes des VSBGS, une proposition qui jusqu’à présent serait entre les mains de la conseillère du chef de l’État en matière des droits de la femme et lutte contre violences sexuelles, mais restée sans suite.

Ce travail est réalisé grâce à l’appui financier et technique de JDH et JPDDH en partenariat avec NED

Materne NSIKU

 

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